CHARLEY CASE – Le silence des sirènes

9.10.14 – 13.11.14

photo inviteUne sirène prisonnière d’un énorme diamant vient d’être découverte dans le kiosque de la plaine de Plainpalais à Genève. Elle est accompagnée d’un étrange personnage à queue de poisson coincé dans une bouteille.

De qui ou de quoi sont-ils prisonniers dans le pavillon transformé en aquarium ? Que faire pour les libérer ?

Tel semble être le message de Charley Case, l’artiste belge qui a réveillé ces figures mythologiques le temps d’une exposition au centre d’art contemporain Zabriskie Point. Un message lancé comme une bouteille à la mer qui semble en contenir bien d’autres encore, dans les arrières plans de cette fantasmagorie subaquatique.

Mais que viennent faire ces créatures ici à Genève, si loin de tout littoral marin ? Certes le lac Léman a bien sa sirène. Et près d’ici on trouvera la Vouivre du Jura. C’est en effet aux déesses de l’eau et des profondeurs croisées à travers le monde, que Charley Case semble vouloir dédier son exposition. Comme il vient de le faire au Brésil en rendant hommage à Yemanja, la Mami Wata sud-américaine qui a traversé l’Atlantique avec les esclaves africains. Le personnage masculin est quant à lui inspiré de la figure du moine-poisson qui serait apparu sur les côtes de la baltique au XVI siècle.

En convoquant ces chimères, l’artiste fait référence à deux mondes engloutis qu’il superpose ici. Il y celui des mythes et des légendes que nos cultures modernes ont trop rapidement rangé au rayon des folklores et des superstitions. Mais il renvoie aussi au monde actuel bien réel, en passe d’être submergé par les fléaux qu’il a lui même engendrés. Avec entre autres la montée des eaux due au réchauffement climatique, ou encore le non-partage des richesses qui est en train de menacer l’équilibre même de nos sociétés européennes. Ce que stigmatise le diamant d’une sirène qui représente la plupart d’entre nous.

Face à cela, Charley Case propose une alternative. Celle de revitaliser la dynamique conjointe de l’imaginaire, du vivant et de la transmutation. Ce que l’artiste précise en ces termes : « L’important c’est de parler de notre capacité a devenir autre, à être d’autres animaux, à communiquer avec les esprits voire à les incarner. L’humanité est en pleine redécouverte de ses sens perdus. Nous ne sommes pas que l’homme, si peu humain, nous sommes aussi l’arbre, la pierre, le vent, le souffle de la sirène … »

Le travail de Charley Case est lui aussi à voir comme un chant. Comme une ode engagée invitant au changement de paradigme. C’est tout un régime symbolique qu’il faut revoir, réalimenter et, littéralement réenchanter. Car si les sirènes ne chantent plus depuis longtemps c’est bien à leurs larmes et à leurs alarmes que nous sommes confrontés aujourd’hui. Cela peut changer. Reconsidérons et libérons les sirènes qui sont en nous !!!

Pascal Pique

 

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IMG_0169Photos by Nathalie Rebholz