DAVIDE CASCIO

Just a fur coat and a pair of gloves thrown on a chair with a monochrome background

Une proposition de Séverine Fromaigeat –  20 nov. 2014 – 06 jan. 2015

Davide_Cascio_Untitled_2012_MaskeDéfinition : une vitrine est l’espace aménagé derrière la devanture vitrée d’un local ou d’un magasin rendant visible de l’extérieur les articles destinés à être vendus dans ce commerce; ensemble des objets exposés. Souvent garnies de mannequins lorsqu’il s’agit d’une boutique de vêtements, les vitrines sont généralement composées d’une grande plaque de verre.

Dans Le Système des objets, l’ouvrage que Jean Baudrillard consacre aux objets de la modernité, on trouve cette évocation: « Emballage, fenêtre, ou paroi, le verre fonde une transparence sans transition : on voit, mais on ne peut toucher. La communication est universelle et abstraite. Une vitrine, c’est féerie et frustration mais aussi information […]. »

« Universelle et abstraite ». La vitrine de Davide Cascio s’arc-boute entre le display de présentation des grands magasins et des boutiques de luxe et l’écrin théâtral du musée d’ethnographie. Au premier, elle emprunte la structure fragmentée et les colorations monochromes, du deuxième, elle adopte la mise en valeur scénique d’objets symboliques. La frontière qui détermine l’étendue du territoire marchand et le sépare du champ muséographique n’est plus qu’un leurre débusqué par l’artiste qu’il dissout allègrement dans sa proposition artistique. – Suspendue entre volume et planéité, la vitrine s’émancipe ici de sa fonction primordiale pour devenir sculpture, installation, peinture. Elle se veut Wunderkammer, se fait shop window, se décline Gesamtkunstwerk. Se retranchant sous les reflets, elle déborde de son socle, envahit la verticalité, se déploie en kaléidoscope. Entre les angles secs et les arcs triomphants se tricotent des relations sémantiques parmi les objets, les formes et les surfaces. Entre hier et demain, Davide Cascio esquisse une fiction rétro-futuriste qui s’abreuve aux sources aussi diverses que l’utopie constructiviste, la société de consommation, le Merzbau de Kurt Schwitters, le minimalisme d’obédience géométrique mêlé de surréalisme. L’abstraction de Guy de Cointet y rencontre l’atelier d’André Breton, le masque aux connotations archaïques rem- place le mannequin en plastique, le socle se fait objet scénique, la couleur s’érige en volume, tandis que les éléments en latence patientent dans l’attente d’un rituel tribal.

Références aussi bien visuelles que conceptuelles, toutes ensemble elles dansent dans l’espace comme les phonèmes d’un langage postmoderne réinventé, hommage in vitro à l’architecture et à l’histoire du lieu. « Féerie et frustration ». Le spectateur ou le flâneur sera invariablement condamné au lèche-vitrine.

Séverine Fromaigeat

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IMG_9172Photos by Nathalie Rebholz