♦ PAY ATTENTION MOTHERFUCKERS ♦

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Répétée huit fois, l’injonction est claire. Il s’agit de notre capacité à regarder plutôt qu’à voir, à examiner sous un nouveau jour un environnement quotidien, à découvrir dans les objets déjà vus cent fois le glitch, le détail étrange qui les rendent, cette fois, différents. Ce détail qui te pousse à les observer et à prendre conscience de ce qu’ils sont et de ce qu’ils représentent. Celui qui empêche la princesse au petit pois de dormir.

PAY ATTENTION MOTHERFUCKERS crée un espace ambigu qui réunit des pièces pensées comme autant de petits pois perturbants. Les évidences sont minées, tout peut arriver. L’idée ici, étant moins de dire que « tout peut être art » que d’imiter la vraie vie –avec décalages associés et changements de rythme– afin d’offrir une occasion d’y penser.

C’est aussi la poésie de la banalité. La beauté de ce que l’on ne remarque pas – ou que l’on ne remarque plus : les objets, les signes et les images qui constituent notre quotidien.

PAY ATTENTION MOTHERFUCKERS ce n’est pas de nous. Les drapeaux donnant le titre à l’exposition sont réalisés d’après une lithographie de Bruce Naumann datant de 1973.

Vaste et vieux sujet donc ! À l’heure des débats sur l’économie de l’attention, de la peur de la noyade dans un océan d’informations inutiles, maternantes et paralysantes, du trop d’attention porté au corps des femmes et du manque d’attention quant à leur propos, le sujet ne pourrait être plus d’actualité. Après trois ans passés à toujours re-justifier et re-contextualiser le statut de l’espace Zabriskie Point, le lieu ne pourrait être mieux adapté.

Zabriskie Point est un espace qui incarne parfaitement cette chose quotidienne qui disparait. Situé au centre d’un carrefour débordé, l’aquarium voit se croiser les banquiers et autres employés pressés, les skaters de la plaine, les Roms en famille, les clients des enseignes alentours, les tox’ et leurs chiens. Pour chacun d’eux, l’ancienne salle d’attente du tram est un point fixe dans une routine quotidienne. Pas sûr que tous ne sachent vraiment ce qui s’y passe, que chacun ne réalise vraiment ce qu’est sensé être cet OVNI vitré. À force d’habitude, parfois, on cesse de s’interroger ; ni le turquoise criard de Lamunière ni la fumée sortant des égouts ne fait le poids face au quotidien.

PAY ATTENTION MOTHERFUCKERS

PAY ATTENTION MOTHERFUCKERS que ce soit le hurlement des drapeaux ou l’harangue plus subtile de la bâche à priori hors sujet, l’exposition interpelle directement le passant et attend de lui une réponse active. S’arrêter une seconde, regarder ce que d’habitude il voit et profiter de cette poussée d’attention pour porter également un regard sur tout ce qui l’entoure, sa vie, son quotidien.

Il s’agit finalement de la responsabilité du spectateur.

Demandez donc à Rancière, il suffit  de comprendre que regarder ((ou écouter)) est aussi une action : le spectateur aussi agit, comme l’élève ou le savant. Il observe, il sélectionne, il compare, il interprète. Prenant ceci pour acquis, l’intérêt de l’exposition se déplace de celui qui fait à celui qui regarde. À tout à l’heure.