AYMERIC TARRADE – we can’t remember it for you wholesale

20.03.15 – 30.04.15 – Opening with DJ C-RAY

image10Snap! Send. Done.

Depuis toujours, Aymeric Tarrade s’intéresse aux images fugaces. Les invisibles, les mal vues, les périssables ; l’image que le spectateur ne remarque pas dans le logo animé des boîtes de production de film, la trame d’un comics ou les filtres à appliquer sur les photos échangées via de nouveaux réseaux sociaux.

L’image, qu’elle soit peinture, gravure ou photographie, a longtemps été précieuse. Dans son corset ou son portefeuille, on gardait les icônes achetées devant l’église jusqu’à leur disparition pour cause d’usure. Avec la popularisation de la photographie, les tirages témoignaient de ce qui compte – couchers de soleil, rencontres entre amis, vacances en famille. Entre rectifications communistes et preuves lunaires, les images ont construit l’histoire. Mais à ces albums immuables vient aujourd’hui s’ajouter un tout nouveau type d’images pensées, réalisées et partagées dans une optique radicale d’inconséquence.

Un nom mal orthographié sur un gobelet Starbucks, un inconnu qui dort dans le métro, une grimace même pas sexy. Snapchat, Blink ou Slingshot permettent d’envoyer et de recevoir des photos dont la durée de vie est limitée à quelques secondes. Avec pour unique objectif la communication, ces applications font passer l’Image d’un statut à un autre. Dans ce nouvel état, la conversation remplace la conservation forçant les productions visuelles à développer une capacité oratoire.

En cela, les clichés naïfs échangés entre deux adolescents se rapprochent d’un art contemporain dont les images ne sont pas simplement esthétiques mais qui elles aussi cherchent à communiquer.

Parallèlement, et à l’encontre d’une peinture ou d’une photographie d’art, ces nouvelles images ont perdu leur caractère immuable. Chaque application étant munie d’une sorte de photoshop miniature, les photos sont retravaillées et chaque envoi permet de tester les apparences, de multiplier les identités à durée limitée. Comme au carnaval. Des identités qui pourtant ne peuvent être choisies que dans la palette limitée d’outils fournis par l’application. En découle une esthétique formatée, pré-conçues, rien de plus qu’un woops, une bêtise sans conséquence.

L’image à toujours isolé un morceau de l’univers. Celle d’art principalement prête à lire, donne du sens, mais surtout induit l’imagination. Parce qu’elle est « oeuvre », elle a toujours eu un statut différent de ses homologues « populaires ». Alors que certains artistes créent des images précieuses par leur faction – peintures, gravures – d’autres ont joué l’accumulation – stations services, palmiers, parking slots – comme des sortes de tumbler avant l’heure.

Aymeric, lui aussi, crée des images qui communiquent. De ces nouvelles images et de cette nouvelles circulation, il capte les fantômes. Une sorte d’instant ou d’espace entre les images échangées ; le dégradé d’une des applications, un cadre manga générique, ce formatage peut-être ? Par l’analyse de ces codes, le travail d’Aymeric témoigne d’une réalité qui va au-delà de l’art contemporain.

 

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Snap! Send. Done.

Aymeric Tarrade has always been interested in short-lived images. The invisible, the poorly seen, the ephemeral; the image that the spectator doesn’t notice in the animated logo of a film production company, the plot of a comic or the filters applied to photographic images exchanged via the latest social networks.

The image, be it painting, engraving or photography, has long been precious. Tucked into a corset or wallet, we kept the icons bought at church until they disintegrated from wear and tear. With the popularization of photography, the prints testified to what mattered – sunsets, meetings among friends, family vacations. From communist rectifications to lunar evidence, images built history. But to these immutable albums we add today a new sort of image that is reflected upon, realized and shared from a radically thoughtless point of view.

A misspelled name on a Starbucks cup, a stranger who sleeps in the metro, a not-so-sexy face. Snapchat, Blink and Slingshot allow one to send and receive photos with a lifespan that is limited to a few seconds. With communication as their sole objective, these applications move the Image from one status to another. In this new state, conversation replaces conservation, forcing visual products to develop an oratory capacity.

With this state of affairs, the innocent snapshots exchanged between two adolescents approach a contemporary art whose images are not simply esthetic, but rather look to communicate as well.

In parallel, and in opposition to a painting or art photograph, these new images have lost their immutable character. Each application is equipped with a sort of miniature Photoshop, allowing for photos to be reworked; each sending of a photo enables the testing of different looks, the multiplying of identities with limited duration. Like Carnival. The identities, however, can nevertheless be chosen from among a limited palette of tools provided by the application. A formatted, preconceived esthetic result, nothing more than an oops!, a foolish thing of little consequence.

The image has always isolated a piece of the universe. The art image, ready to read, gives sense, but above all moves the imagination. The « oeuvre » has always had a status different from that of its « popular » counterparts. While some artists for their part create precious images – paintings, engravings – others have played with accumulation – gas stations, palm trees, parking spaces – like Tumblrs before their time.

Aymeric has also created images that communicate. From these new images and new circulations, he captures ghosts, a sort of instant in which the space between the images is exchanged … the gradation of one of these applications, a generic Manga frame. By analyzing these codes, Aymeric’s work bears witness to a reality that goes beyond contemporary art.

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IMG_0128Photos by Nathalie Rebholz

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