MANON – Der Voyeur

16 mai – 24 juin 2012

Manon *1946 Saint-GallVit et travaille à Zurich

En 1976, en plein centre de Zürich, Manon mettait en vitrine de jeunes hommes dont les costumes arboraient des attributs censés répondre aux stéréotypes du désir.

Un peu comme dans un célèbre groupe disco de la même période, se proposaient au regard du passant : un rocker, un travesti, un dandy, un personnage soumis et un aventurier.

L’artiste inversait ainsi les rôles habituels du commerce sexuel dans l’espace urbain. Les hommes devenaient objets d’une possible relation tarifée. La mise en scène rouge tamisée excluait toute méprise sur la destination de l’étalage. La tolérance machiste était mise à mal. Les hommes derrière les vitrines étaient renvoyés par effet de miroir à leur voyeurisme masculin.

La femme, artiste photographe et performeuse, Manon, n’a de cesse de jouer sur les codes de représentation sociale. Tout au long de son parcours, elle a tenté de mettre en lumière, pour mieux les faire éclater, les schémas apparemment immuables entre les sexes, les générations et les classes sociales. Utilisant son propre corps, elle s’est représentée et révélée comme un vecteur conscient de projection. Elle s’est transformée ainsi en objet de désir, en figure excentrique, en personnage transgenre autant qu’en sujet type de la banalité quotidienne. Au-delà de l’utilisation de son corps comme médium, elle a aussi structuré des confrontations avec ceux qui le contemple. Le spectateur est, le plus souvent, confronté à sa propre tolérance à l’impudeur. Il est rendu conscient de la portée de son propre regard.

Manon À ZABRISKIE POINT

Pour Zabriskie Point, Manon a imaginé réactiver et adapter une installation réalisée en 1997. A travers les vitres du kiosque, les passants deviennent témoins d’une étrange mise en scène. Une chaise gynécologique est posée face à un confortable fauteuil et une table basse recouverte d’une nappe, sur laquelle est posée une bouteille de champagne. Un manteau, des gants et une paire de chaussures féminines semblent indiquer le départ précipité de Der Voyeur et de sa compagne anonyme. Le temps et le désir sont suspendus. Une inquiétante intimité s’offre au regard de tous, au cœur d’un lieu familier et apparemment sans qualité. Le passant devient alors un invité, à priori, non consentant.

Samuel Gross

http://www.manon.ch/

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11024781_850332731692872_979547331900401718_nPhotos by Nathalie Rebholz