Maya Bösch et Régis Golay – LE CHEVAL DE BATAILLE

10.04.13 – 15.05.13

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 A horse ! A horse ! My kingdom for a horse ! Accroché au plafond, par le flanc et la poitrine, à l’aide de deux sangles, un étalon empaillé est exposé aux regards des passants. Planant dans l’air tel Pégase, il est apparu – bien au contraire de ce dernier – immobile, mat et déchu, les sabots ballants et la tête baissée, renversant ainsi l’imagerie classique du cheval innocent et pur, de l’animal noble par excellence, portant l’homme et le sublime par son instinct de liberté.

Le passant se trouve face à un lourd poids qui pend, sans fioritures, une nature morte apocalyptique en quelque sorte, un symbole en tout cas. Mais faut-il aller si loin dans l’interprétation ?

Mis en scène dans leur espace vital naturel ou alors en tant que trophées accrochés au mur, montrant les crocs, les animaux empaillés se trouvent à la fois sur l’étalage des bouchers, dans les restaurants folkloriques ou encore dans les musées d’histoire naturelle. Quant à la création artistique, elle s’en est également emparée. En 1996, l’artiste italien Maurizio Cattelan avait alors accroché un cheval empaillé au plafond, mettant ainsi définitivement à mal l’histoire de la sculpture.

Ici, le photographe Régis Golay et la metteur en scène Maya Bösch poursuivent une autre piste. C’est en effet, lors d’une mise en scène de Richard III de Shakespeare à la Comédie de Genève que cet équidé fit son apparition publique en 2005. Il est à la fois accessoire et pièce maîtresse, cheval du roi Richard III, qui lors de la conquête inexorable du pouvoir, subit la défaite absolue.

Son exposition à Zabriskie Point donne lieu à une véritable expérimentation dans l’espace public. Le tragique théâtral est déplacé dans un espace transparent et public où le caractère même de l’objet en question change radicalement. D’un accessoire à des fins théâtrales, déjà visuellement efficace, il se transforme en objet trouvé, auquel – face à la rencontre impromptue avec le monde – il faut délibérément réinventer un sens.

Mais la bataille est menée sur d’autres fronts : selon ses auteurs, Cheval de Bataille représente « toutes les batailles déchues – les grandes et les petites – surtout celles qui demeurent dans l’invisible, cachées dans les rues, derrière les fenêtres closes, dans les cœurs des humains. »

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