Abramović & UlayAAA-AAA

6.06.13 – 6.07.13

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Du chant au cri

C’est l’histoire d’une rencontre, celle de deux amants, Marina Abramović (*1946) et Ulay (*1943). De deux corps, l’un féminin, l’autre masculin, de deux voix qui se ressemblent, qui s’équilibrent et qui entonnent un son primaire de longueur quasi identique.

AAA-AAA. C’est un acte commun. Un essai, pourtant défini par une dramaturgie précise: “We slowly build up the tension, our faces coming closer together until we are screaming into each other’s open mouths”. Progressivement les rythmes de la respiration se décalent. A force d’en faire l’usage, les voix se voilent et s’étranglent. Et arrive la douleur. Ces limites du physiologique font alors survenir la personne; l’acte commun laisse place à deux êtres solitaires qui crient: le couple s’est sacrifié à la surenchère.

Marina Abramović et Frank Uwe Laysiepen (dit Ulay) vivent et travaillent ensemble de 1975 à 1988. En voyage permanent à travers l’Europe, ils explorent dans leurs performances – les relation work – autant les limites du corps que le rôle et l’identité de genre, en se mettant en scène eux-mêmes. Pas de répétition, pas de reprise, pas de fin prescrite: c’est ainsi que le couple mythique dépeint le caractère de ses travaux en 1975. En résultent donc des œuvres qui laissent une part importante à l’imprévu, à l’échec aussi, mais qui sont avant tout des évènements uniques dont l’enregistrement audiovisuel (ou photographique) représente souvent le seul héritage.

De même que AAA-AAA (1978) reprend les éléments distinctifs du travail d’Abramović et d’Ulay de l’époque – le son, le souffle ou encore l’opposition des corps – cette œuvre est révélatrice à un autre égard. Enregistrée en effet dans un studio de télévision en l’absence totale de spectateurs, la performance n’a pu et ne peut être appréhendée qu’au moyen de sa reproduction technique. En présentant celle-ci au centre du tissu urbain genevois, Zabriskie Point réactualise non seulement son contenu mais contribue à sa finalité: faire participer le public.

Etienne Wismer

Zabriskie Point remercie chaleureusement la Galerie Guy Bärtschi pour le prêt de l’oeuvre.