CHEVAL DE BATAILLE
Maya Boesch – Régis Golay
©Bernard Henchoz
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COMMUNIQUE DE PRESSE
Genève, le 10 avril 2013
Non, le cheval de Zabriskie Point n’a pas été tué pour l’exposition!
Non, Il n’a jamais souffert ni a été maltraité par les artistes!
Face à la violence des réactions qu’a provoqué l’exposition « Cheval de Bataille », Zabriskie Point tient à communiquer un certain nombre de précisions. Elles ne portent pas sur l’art, encore moins sur le message de l’action des artistes mais sur le sort du cheval car c’est bien son état supposé qui nourrit aujourd’hui la polémique et alimente des messages de haine inacceptables qui doivent cesser.
Le cheval utilisé par les artistes Maya Bösch et Régis Golay est décédé de maladie en 2004. C’est pour la mise en scène de Richard III de Shakespeare à la Comédie de Genève en 2005 que la metteur en scène a commandé cette pièce à un taxidermiste. Le cheval empaillé a donc été réalisé en Belgique puis acheminé à Genève. A aucun moment ce cheval n’a été maltraité. Il n’aura pas non plus été abattu, encore moins pour les besoins d’une exposition. Malgré l’apparente évidence d’une telle information, il est extrêmement important pour Zabriskie Point que ce message soit passé et circule largement, tant la désinformation et la propagande haineuse qui accompagnent aujourd’hui cette oeuvre sont mensongères et néfastes.
Nous rassurons donc ici toutes les personnes que le sort de cet équidé aurait pu inquiéter. Il ne s’agit pas d’un cadavre de cheval mais bien d’un animal empaillé.
Nous osons aujourd’hui croire que la polémique autour de la soi-disant maltraitance de ce cheval puisse cesser et faire place à un débat constructif et dépassionné.
La récente installation artistique de Maya Bösch et Régis Golay a entraîné des réactions d’une telle violence que l’équipe de Zabriskie Point a décidé de retirer la pièce incriminée. Cette décision n’est en aucun cas un geste de censure mais une mesure de protection des artistes et de la liberté artistique.
Ce que cette oeuvre a démontré, c’est que la place de l’art dans l’espace public doit être promue et débattue. Pour que la polémique qui a accompagné cette pièce ne soit pas vaine, public et artistes doivent aujourd’hui s’interroger sur les raisons d’une telle indignation.
Pour avoir suscité ce débat, Zabriskie Point remercie chaleureusement les artistes Maya Bösch et Régis Golay dont la proposition artistique s’inscrivait comme un acte de soutien contre la situation précaire de ZP et avec la scène artistique indépendante genevoise, rappelant ici l’importance d’espace comme celui-ci pour la vitalité d’une ville et du débat public.
Avec nos meilleures messages
L’équipe de Zabriskie Point
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COMMUNIQUE DE PRESSE
Genève, le 6 avril 2013
A horse ! A horse ! My kingdom for a horse !
Accroché au plafond, par le flanc et la poitrine, à l’aide de deux sangles, un étalon empaillé a été exposé pendant six jours aux regards des passants. Planant dans l’air tel Pégase, il est apparu – bien au contraire de ce dernier – immobile, mat et déchu, les sabots ballants et la tête baissée, renversant ainsi l’imagerie classique du cheval innocent et pur, de l’animal noble par excellence, portant l’homme et le sublime par son instinct de liberté. Le passant se trouve face à un lourd poids qui pend, sans fioritures, une nature morte apocalyptique en quelque sorte, un symbole en tout cas. Mais faut-il aller si loin dans l’interprétation ?
Mis en scène dans leur espace vital naturel ou alors en tant que trophées accrochés au mur, montrant les crocs, les animaux empaillés se trouvent à la fois sur l’étalage des bouchers, dans les restaurants folkloriques ou encore dans les musées d’histoire naturelle. Quant à la création artistique, elle s’en est également emparée. En 1996, l’artiste italien Maurizio Cattelan avait alors accroché un cheval empaillé au plafond, mettant ainsi définitivement à mal l’histoire de la sculpture. Ce cheval étant suspendu au lieu d’être posé, empaillé au lieu d’être sculpté, cette œuvre appelée La Ballade de Trotski, scandaleuse à plus ! d’un titre, s’est fait une place dans l’histoire de l’art. Dans un sens plus large, l’utilisation de peaux d’animaux occupe une place non négligeable dans la création contemporaine, que ce soit pour des intérêts scientifiques (Mark Dion) ou encore poétiques (Christian Gonzenbach).
Lors des préparatifs de l’exposition à Zabriskie Point, le photographe Régis Golay et la metteur en scène Maya Bösch poursuivaient pourtant une autre piste. C’est, en effet, lors d’une mise en scène de Richard III de Shakespeare à la Comédie de Genève que cet équidé fit son apparition publique en 2005. Il est à la fois accessoire et pièce maîtresse, cheval du roi Richard III, qui lors de la conquête inexorable du pouvoir, subit la défaite absolue. Son exposition à Zabriskie Point donne lieu à une véritable expérimentation dans l’espace public. Le tragique théâtral est déplacé dans un espace transparent et public où le caractère même de l’objet en question change radicalement. D’un accessoire à des fins théâtrales, déjà visuellement efficace, il se transforme en objet trouvé, auquel – face à la rencontre impromptue avec le monde – il faut délibérément réinventer un sens. Mais la bataille est menée sur d’autres fronts : selon ses auteurs, Cheval de Bataille représente «toutes les batailles déchues – les grandes et les petites – surtout celles qui demeurent dans l’invisible, ! cachées dans les rues, derrière les fenêtres closes, dans les cœurs des humains.»
Dans la nuit du mercredi 3 avril au jeudi 4 avril 2013, l’équidé n’a pas supporté le poids des émotions et a chuté. Mis à mal, la corde au cou et la patte arrière cassée, tel un martyre baroque, il nous a joué un coup de théâtre, s’offrant au regard des passants pendant quelques heures. Le pégase déchu a été alors démonté le jeudi 4 avril. Aujourd’hui, le Cheval de Bataille entraîne des réactions d’une telle virulence que l’équipe de Zabriskie Point a décidé de fermer définitivement l’exposition.
Depuis deux ans, l’espace d’art indépendant Zabriskie Point présente des oeuvres d’artistes venus de toute l’Europe dont le travail, la démarche ou le propos questionne la place de l’œuvre d’art dans nos sociétés modernes. S’offrant comme un espace d’expérimentation à mi-chemin entre le centre d’art et l’espace public, Zabriskie Point envisage chacune de ses expositions comme une opportunité d’échange, de confrontation ou de dialogue entre l’art, l’artiste, l’espace de la ville et le public.
La violence des réactions et de l’indignation que cette œuvre a entraînée révèle un malaise certain. Nous pouvons alors nous poser les questions suivantes : L’image d’un étalon empaillé et suspendu frontalement dans l’espace public nous renvoie-t-elle à notre propre fragilité d’êtres mortels, à l’impermanence des choses ou encore à l’exploitation des animaux, victimes d’élevages intensifs et d’expérimentation dans les laboratoires pharmaceutiques ?
Au-delà d’une certaine forme d’« artophobie », ne sommes-nous pas placés devant les limites de notre capacité de jugement ?
Compte tenu de ces événements, Zabriskie Point organisera dans les prochains jours une rencontre qui réunira des invités de différents domaines (philosophes, artistes et sociologues) afin d’analyser le choc provoqué par cette exposition.
L’équipe de Zabriskie Point
